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Les 10 ans de FVD – Interview : L’évolution de la vision des territoires durables

À l’occasion des 10 ans de France Villes et territoires Durables et de la 5ᵉ édition de Villes Durables en Actions, nous avons donné la parole aux membres historiques de l’association à travers une série d’interviews.

Dans ce deuxième volet, elles.ils portent un regard croisé sur l’évolution de la vision des territoires durables ces dix dernières années et partagent les priorités à engager pour répondre aux grands défis à venir.

Quelle était la vision des territoires durables il y a 10 ans et qu’est-ce qui a changé ?

Virginie Lutrot– Maire de Port-Jérôme-sur-Seine, Présidente de Caux Seine agglo, Présidente de FVD

Il y a dix ans, la notion de territoire durable était centrée sur la performance environnementale technique. Depuis, nous avons changé de paradigme. Les crises climatiques et sociales ont révélé l’urgence d’une approche globale intégrant sobriété et résilience. Aujourd’hui, un territoire durable est un écosystème qui « prend soin » : de ses habitants, de sa biodiversité, mais aussi de sa vitalité productive. Le passage à une économie circulaire et biosourcée est devenu central pour réduire nos dépendances et régénérer nos ressources plutôt que de simplement les consommer.

 Baptiste Perrissin Fabert – Directeur Général Délégué à l’ADEME

Il y a dix ans, la ville durable reposait largement sur des démonstrateurs misant exclusivement sur les progrès technologiques et la performance énergétique. Les crises écologiques, sociales et économiques ont depuis imposé une approche beaucoup plus intégrée pour décarboner et réduire la consommation des ressources naturelles. Les collectivités demandent aujourd’hui des solutions éprouvées, transférables, bénéfiques pour le climat et pour les habitants. La sobriété occupe désormais une place centrale : elle ne consiste pas à faire moins, mais à faire autrement, en questionnant davantage les besoins. Elle réduit l’effet rebond, renforce la résilience, limite les dépendances et améliore la stabilité économique face aux tensions sur les ressources. En particulier, elle réoriente l’aménagement de nos territoires et de nos villes vers l’exploitation de l’existant, la sobriété foncière, l’intensité d’usage, la mutualisation et l’optimisation des services. L’ADEME accompagne ces évolutions via la mise à disposition de son expertise et l’expérimentation comme par exemples sur des sujets comme le ZAN, en complément de ses outils de massification, tels que le fonds chaleur.

Céline Bonhomme – Sous-Directrice de l’aménagement durable (DGALN/DHUP/AD), Vice-présidente de FVD

J’insisterai plus volontiers sur la période post-2020 mais enclenchée depuis effectivement 10 ans. 10 ans en arrière, les sujets de la résilience ou de la sobriété notamment étaient encore émergents dans nos politiques publiques ; les crises, notamment la crise sanitaire, n’étaient pas encore passées par là et nous semblaient bien éloignées de « chez nous ». Ces dernières années ont été marquées par une succession de crises douloureuses, violentes et inquiétantes pour les citoyens, qui ont fait apparaître comme une évidence la nécessité de penser autrement le développement de nos territoires, avec une vision plus harmonieuse, plus équilibrée, et avec peut-être une plus forte inter-action entre territoires voisins. Les mots résilience et sobriété ont trouvé un sens, un écho essentiel et sont désormais des maîtres mots dans les trajectoires données aux territoires, urbains comme ruraux, dans l’hexagone ou outre-mer. On pourrait aussi évoquer le sujet de la santé qui apparaît aujourd’hui comme une préoccupation majeure et comme un élément essentiel dans la conception des villes durables.

Virginie Alonzi– Directrice de la prospective de Bouygues Construction, Vice-présidente de FVD

Il y a une dizaine d’année, la vision des territoires durables était avant tout centrée sur l’atténuation du changement climatique avec un prisme largement focalisé sur la réduction des émissions carbone, l’efficacité énergétique et la gestion optimisée des réseaux urbains.

Aujourd’hui, cette approche s’est profondément élargie pour intégrer les enjeux de ressources, de biodiversité, du vivant, ainsi que d’adaptation au changement climatique. La notion de résilience des territoires face aux crises climatiques, énergétiques, sociales, occupe désormais une place centrale. Il ne s’agit plus seulement de limiter les impacts, mais d’anticiper et de s’adapter. Cette évolution s’accompagne d’une meilleure prise de conscience des interdépendances entre acteurs et de la nécessité d’une coordination à toutes les échelles.

Brigitte Bariol-Mathais – Déléguée générale de la FNAU, Vice-présidente de FVD

Le concept de résilience s’est affirmé depuis une décennie, l’urgence climatique s’est accrue et notamment le pilier adaptation qui était encore peu mis en avant il y a 10 ans, car à l’époque jugé concurrent de l’atténuation. Aujourd’hui les grands engagements communs pris il y a une dizaine d’années (accord de paris, objectifs du développement durable, multilatéralisme, solidarités internationales…) sont remis en cause et attaqués.

Christophe Millet, Président du Conseil national de l’Ordre des architectes

Il y a dix ans, la crise climatique pesait moins sur l’action publique. Aujourd’hui, la transition écologique guide les politiques d’aménagement. Pour adapter les territoires, nous devons d’abord transformer nos pratiques. Réhabilitation, gestion des risques majeurs et développement des filières locales doivent désormais structurer notre approche.

Anne-Claire Mialot – Directrice Générale de l’ANRU

Une accélération des bouleversements écologiques en cours qui renforce l’urgence à agir. Aujourd’hui, à la lueur des dernières avancées scientifiques et considérant les crises passées, en cours et à venir, c’est une véritable bifurcation écologique que les territoires doivent engager au plus vite, avec un objectif central d’adaptation et un cap de résilience.

Quel défi majeur les territoires devront-ils relever dans les 10 prochaines années ?

Le défi majeur consiste à accélérer sur l’adaptation au changement climatique, c’est le chantier du siècle ! Tout en maintenant la pression sur l’atténuation et sans laisser personne de côté. Ce sont des enjeux de justice sociale : certains territoires verront leur vulnérabilité augmenter et cela impactera tout particulièrement les populations les plus fragiles. Les travaux prospectifs de l’ADEME en cours d’actualisation contribueront dans ce cadre à partager des visions permettant de traduire en actions territoriales les enjeux nationaux et relever ces défis. 

Le défi majeur sera l’adaptation face à l’accélération du dérèglement climatique. Cela implique de repenser radicalement nos infrastructures et nos modes de production. La priorité doit être la décarbonation de nos territoires par une gestion circulaire des ressources. Il nous faudra aller plus vite, en soutenant une économie ancrée dans le vivant pour transformer nos vulnérabilités actuelles en forces de résilience durable.

Le principal défi reste celui d’une transition environnementale et sociétale réellement systémique, intégrant simultanément le climat, les ressources naturelles, le vivant et les modes de vie en intégrant une donnée clé, la démographie. Pour y parvenir, il faudra approfondir la coopération entre acteurs publics, privés et académiques, tout en se dotant d’une vision systémique de long terme capable d’articuler urgence et transformation structurelle.

Les inquiétudes de nos concitoyens sont aujourd’hui très fortes, les équilibres nationaux et internationaux sont bouleversés ; bien sûr, on pense aussi au changement climatique qui s’accélère, qui augmente les risques naturels ;  c’est à ce contexte que les territoires vont devoir faire face, en tenant compte de la transition démographique qui fait évoluer le besoin, pour maintenir à leurs échelles la cohésion sociale et sociétale, les dynamiques territoriales, les projets d’avenir, le bien-vivre des habitants. Les acteurs locaux (communes, EPCI, entreprises, collectifs citoyens, tissu associatif, monde académique, ….) vont devoir unir leur compétences et moyens d’action pour relever ce défi. FVD montre l’exemple : travailler ensemble, trouver des solutions consensuelles, accompagner les mutations … tel est le défi qui nous attend.

Les territoires doivent inscrire leur action dans une pensée systémique pour assurer un espace sûr et juste pour leurs habitants, au-dessus du plancher social et en-dessous des limites environnementales. Dans un contexte global instable et incertain, avec des contraintes budgétaires fortes, il s’agit pour les territoires de massifier les solutions éprouvées tout en portant une attention particulière aux plus fragiles et notamment aux habitants des quartiers prioritaires de la politique de la ville où se concentrent la pauvreté mais aussi les formes urbaines les plus dégradées et inadaptées aux impacts du changement climatique. 

Aujourd’hui, c’est une approche globale de la gestion des ressources qu’il s’agit de construire pour l’habitabilité de la Terre, en adéquation avec les besoins humains. Un enjeu me paraît déterminant : la cohésion sociale et territoriale, ainsi qu’une vision commune à l’échelle européenne pour garder un cap dans un contexte international devenu chaotique.

Le défi majeur des 10 prochaines années est la redynamisation des territoires. La réhabilitation est un moyen qui permet la décarbonation du secteur du bâtiment tout en répondant à de nombreux enjeux de transformation des territoires : endiguer la crise du logement, rénover les passoires thermiques, protéger le patrimoine et l’identité des territoires, dynamiser l’économie locale, limiter la consommation des ressources et la production de déchets, et préserver les sols et la biodiversité. Faire avec l’existant, c’est redynamiser un écosystème économique, écologique et social vertueux, et ainsi réécrire un nouveau récit de territoire répondant aux enjeux d’aujourd’hui et de demain.

👉Découvrez le premier et troisième volet de notre série spéciale “Les 10 ans de FVD”

VDA2026 - FVD : 10 ans de coopérations

Villes Durables en Actions (VDA) revient les 30 juin et 1er juillet 2026 à Dunkerque pour fêter les 10 ans de France Villes et territoires Durables !

Une édition inspirante et engagée, fidèle à l’ADN de l’association : coopérer, accélérer, transformer.

Envie d’en savoir plus sur France Villes et territoires Durables ?

Découvrez nos actions

A propos de Nina Cardot

Étudiante à Sciences Po Paris, au sein du Master Stratégies Territoriales et Urbaines, Nina s’intéresse aux politiques publiques territoriales ainsi qu’aux enjeux de la transition écologique.

Dans le cadre d’un projet étudiant en Master 1, elle a travaillé avec l’Agence Nationale de l’Habitat (Anah) sur l’éco-conception dans la rénovation urbaine. Elle a ensuite pris une année de césure pour approfondir son expérience professionnelle en réalisant deux stages : le premier à la Ville de Paris où elle a participé à la mise en œuvre du premier plan de lutte contre la précarité énergétique. Le deuxième à l’Atelier Parisien d’Urbanisme (Apur) pour travailler sur la territorialisation de la santé publique.

Actuellement en Master 2, elle commence une alternance au sein de l’association France Villes et territoires Durables.

A propos de Solène Martin

Chargée de Mission, Groupe de Travail et Travaux. Étudiante à l’École Urbaine de Sciences Po Paris sur la transition écologique des villes.

A propos de Quentin Guillemot

Animé par les questions climatiques et les autres limites planétaires, Quentin se dirige vers un parcours sur l’aménagement du territoire à l’Ecole Nationale des Ponts et Chaussées. Son expérience dans les milieux associatifs, notamment à la Fresque du Climat, l’aident à mieux saisir les enjeux de la bifurcation écologique. Entre sa Haute-Savoie natale et sa ville de cœur, Rennes, où il a gagné en compétence sur les sujets de la mobilité et de l’agriculture durable, il pose aujourd’hui ses valises à Paris pour déployer les ateliers territoriaux de France Villes et territoires Durables dans tout le territoire.

A propos de Tara Goodwin

Diplômée d’une Licence de l’INALCO (Langues’O) en langue Hindi et bi-cursus Relations internationales – Humanités environnementales, Tara est actuellement étudiante en alternance du Master 2 Relations Internationales et Action à l’Étranger de l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne. Ses missions chez France Villes et territoires Durables s’inscrivent dans la lignée de ses expériences à l’UNESCO et au Ministère de l’Europe et des Affaires Étrangères, contribuant ainsi à son insertion professionnelle dans le domaine de la diplomatie environnementale et de la coopération internationale pour le développement.

A propos d'Isabelana Noguez

Diplômée du Master en Communication Numérique et Analyse de Données à la Sorbonne Nouvelle, Isabelana est une journaliste mexicaine. Elle a travaillé précédemment dans la communication et les relations presse dans le secteur culturel en France et au Mexique. Aujourd’hui, elle s’intéresse aux enjeux écologiques et aux actions et solutions pour préserver l’environnement et la biodiversité.

A propos de Marion Gonzales

Formée aux affaires internationales et européennes entre l’Angleterre et la France dans le cadre d’un double diplôme Sciences-Po Lille / Université du Kent, Marion a débuté sa carrière en plaidoyer et relations institutionnelles des organisations non gouvernementales, dans le secteur du commerce équitable (Label Max Havelaar France). Elle est aujourd’hui responsable de la communication et des affaires internationales de l’association.

A propos de Camille Waintrop-Boyon

Issue des sciences sociales, de l’histoire de l’art et de l’architecture, après diverses expériences dans la gestion de projets culturels et la production audiovisuelle, Camille a travaillé dans la communication au sein du groupe VINCI : depuis les grands projets à l’international jusqu’à La Fabrique de la Cité, think tank dédié à la prospective urbaine.
Carla DONCESCU

Diplômée d’un master 2 en Economie du Développement à Panthéon-Sorbonne, et actuellement en formation alternance du Master 2 Relation Internationale et Action à l’Etranger dans la même Université, c’est à travers ces différents prismes et ses expériences à l’internationale qu’elle approche les problématiques de villes et territoires durables.

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Manon EXBALIN

Diplômée d’un Master en sociologie de la communication, Manon a travaillé précédemment pour Greenpeace, la Mairie de Paris (en particulier pour venir en aide aux étudiants), et le Ministère de la Transition Ecologique (DGALN – Mission Communication).

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Géographe de formation (Université d’Etat de Saint-Pétersbourg), elle a débuté au poste de géographe économiste à l’Académie d’Économie Agricole (Russie), avant de poursuivre sa carrière en France, en tant qu’assistante administrative et comptable (Air Liquide, Association TGV Provence Côte d’Azur, COFHUAT, Groupe Hervé)

A propos de Sébastien Maire

Avant de rejoindre l’équipe FVD, il a occupé plusieurs postes dans la gestion des collectivités locales. Allant d’élu et adjoint au maire de sa ville natale Besançon, chargé des relations universitaires et de la coopération internationale puis Directeur du Développement économique de la Ville de Pantin, pour ensuite être directeur de cabinet à Montreuil où il a notamment piloté la refonte en profondeur du projet urbain vers davantage d’écologie et de développement durable, Il continue son parcours en tant que Haut Responsable de la Résilience de la Ville de Paris.
Il promeut une vision holistique et systémique du développement durable et apporte son expérience/expertise en résilience territoriale et en transition écologique et sociale.
En 2024, il a été nommé Chevalier de l’Ordre national de la Légion d’honneur, en reconnaissance de son engagement de longue date en faveur de la transformation socio-écologique des territoires.