Mode sombre

Développement d’un tiers-lieu avec le WIP à Colombelles

Une réalisation proposée par ANCT cœur de ville

Bâtiments Management et gouvernance Réseaux Vie locale

Contributeur

Référent :  Ophélie DEYROLLE
Contact : 

Descriptif

La Fabrique de Territoire Le Wip à Colombelles en Normandie : Le Wip développe des tiers-lieux sur le territoire normand autour de 3 axes :

1/ révéler le potentiel de chacun, en favorisant le brassage socio-professionnel, en proposant des environnements bienveillants, permettant de développer ses envies, d’explorer de nouvelles compétences, et en provoquant les projets hors-normes pour ouvrir le champ des possibles ;

2/ créer des dynamiques collectives permettant d’agir sur son cadre de vie, de travail, sur son territoire, de créer du lien social ;

3/ faciliter l’appropriation des principes de l’économie circulaire et du partage, dans ses modes de travailler, de consommer, d’habiter afin de faciliter un vivre-ensemble plus durable. Ce tiers-lieu, c’est à la fois un lieu de travail partagé et collaboratif, des animations facilitant l’échange et l’ouverture, un processus de création de projets collectifs pour dynamiser le territoire, une gouvernance permettant d’impliquer les usagers dans le fonctionnement du lieu.

C’est un projet qui a démarré en 2016, dans un tiers-lieu de préfiguration, la Cité de chantier, avant de s’installer dans la Grande Halle, à Colombelles, et qui s’applique à lui-même les principes qu’il promeut, sur la coopération, les transitions écologiques et l’inclusion de toutes et tous. Ainsi, le projet a transformé une grande halle en béton, vestige de l’immense société métallurgique de Normandie, par une réhabilitation frugale, mêlant conservation des traces du passé et construction biosourcée.

Malgré un coût de construction réduit, le projet a su intégrer un grand volet de participation des futurs utilisateurs à la conception, un chantier culturel ouvert au public pendant les travaux, et la mise en place effective du réemploi des matériaux. .

Thématiques : 
  • Rénovation / Réhabilitation
  • Matériaux
  • Participation citoyenne
  • Communication (numérique)
  • Renforcement du lien social et de la solidarité
  • Éducation et formation
  • Patrimoine
Échelle : 
  • Bâtiment
  • Quartier

Fiche d'identité

marker  Normandie / Colombelles
Type de territoire : 
  • < 20 000 habitants
Date de livraison :  01/10/2019
Surface bâtie :  3000 m2
Coût du projet :  7,6 Millions (coût travaux : 5 millions)
Maîtrise d'ouvrage :  Normandie Aménagement 1 avenue du Pays de Caen B.P. 04 - 14460 COLOMBELLES
Maîtrise d'oeuvre :  Encore Heureux, architectes 104 rue d'Aubervilliers • 75019 Paris
Partenaires associés :  EPFN, Région Normandie, Communauté Urbaine Caen la mer, Ville de Colombelles, ADEME, FEDER, le Wip

Distinctions

Labels / certifications :  Fabrique Numérique de Territoire PIC 100 % Inclusion Tiers-Lieu Normandie
Concours / récompenses :  Fondation Aviva (2017) - Fondation AESIO, mois de l’ESS Normandie (2019) - 1 des 10 lieux Infinis présentés au Pavillon Français de la Biennale d’architecture de Venise (2018) - Lauréat AMI Economie Circulaire Normandie (2019)

Évaluation du projet*

sur la base du déclaratif du contributeur

Critère n°1 : SOBRIÉTÉ

Le projet ne pouvait se créer que s’il limitait son impact sur l’environnement. C’est pourquoi il a pris place dans une ancienne friche, qu’il fallait réhabiliter, afin de ne pas consommer de nouveau foncier. Ce foncier, déjà artificialisé et pollué par l’ancienne usine, était un foncier « perdu » sans usage possible, hormis cette réhabilitation et revalorisation. L’ensemble de l’enveloppe a été maintenu, pour éviter une surconsommation de matériaux et une création de déchets.

Projet conçu dans une démarche de sobriété architecturale et technique. Il s’agit d’une restructuration, aussi la consommation de matériaux structurels est réduite.

–          Réemploi de matériaux :

  • La cité de chantier a été réalisée à 70% avec des matériaux de réemploi,
  • un lot spécifique « Réemploi de matériaux » a été mis en œuvre durant le chantier, qui a abouti au réemploi de radiateurs, isolants, carrelage, appareils sanitaires, portes, etc.

–          Matériaux neufs à faible impact écologique : charpente et ossature bois, Isolants en ouate de cellulose, panneaux Fermacell, peinture écologique, utilisation massive du bois (la part de structure neuve, les planchers, les plafonds, les agencements, etc.)

–          Les opération de paysagement ont limité les déplacements de terres

–          Une analyse ACV a été conduite.

Le souci du projet a été de trouver le meilleur équilibre entre les objectifs de performance thermiques et de zéro carbone qui ne sont pas toujours compatibles. C’est pourquoi la grande nef a été  laissée brute, avec un chauffage restreint (réhabilitation low tech).  En revanche la petite nef a subit une réhabilitation thermique ambitieuse tout en privilégiant les matériaux réemployés et/ou bio-sourcés.

Le niveau de performance atteint sur la petite nef est supérieur à celui du référentiel BBC-Effinergie rénovation (Cref RT existant – 57%).

Le système de production de chaleur est une chaufferie biomasse.

Les eaux d’assainissement sont issues de la récupération des eaux de pluie.
Le système de chauffage permet une autonomie de chaque espace, afin de ne chauffer que les parties en usage.

Le système de rafraîchissement repose sur la ventilation naturelle.

La plupart des réseaux sont apparents, sans faux plafond ou faux plancher, pour favoriser les adaptations ou réparations à venir.

Critère n°2 : INCLUSION

Le projet a été mené de façon participative et concertée à toutes les phases du projet:

  • définition des thématiques du tiers-lieu, en impliquant les entreprises, les habitants, les collectivités à proximité, par des réunions collectives et des groupes de travail en 2014/2015 : orientations fixées sur travailler autrement, culture, inclusion, transition écologique
  • Préfiguration et mise en situation via des évènements, un Tiers-lieu éphémère, permettant de décider avec les usagers (coworkers, habitants, visiteurs, institutions…) les orientations opérationnelles: 2016-2019 : par exemple validation de la pertinence d’avoir des espaces de résidence artistique, mais difficulté de mettre en place un musée de la SMN.
  • Gouvernance constituée en Société Coopérative, impliquant 50 sociétaires citoyens, décidant des grandes orientations du projet (depuis 2018), impliquant dans différents groupes de travail les usagers, les bénévoles, et les partenaires (par ex sur la programmation culturelle, l’organisation des espaces extérieurs).

Les espaces de travail ont été conçus pour accueillir des coworkers, télétravailleurs, des artistes en résidence, des artisans ayant besoin d’espace pour leur production. Chaque espace est réversible pour accueillir différentes fonctions : par exemple la grande nef de 1000 m² permet d’organiser des spectacles à 1000 personnes, le repas des anciens, comme les assises de l’économie circulaire.

Au-delà du lieu ouvert à toutes et tous, les projets menés par le Wip visent à favoriser cette mixité sociale par le « faire » et par la rencontre entre les publics des différents projets : par exemple, les participants de Territoires Partagés qui visent à faciliter la réinsertion de personnes très éloignées de l’emploi (PIC 100 % Inclusion) montent des émissions radios avec les coworkers et bénévoles du Wip au sein du Médialab (mis en œuvre avec le soutien de la Fabrique Numérique de territoire).

La ville de Colombelles, où est implanté le Wip, est une commune victime de la désindustrialisation, Territoire d’expérimentation Zéro Chômeur de longue durée et avec un QPV. Nous avons un engagement fort à ce que la population de Colombelles puisse s’approprier la Grande Halle, spontanément, comme au travers de nos différentes programmations. Le projet Territoires Partagés se focalise spécifiquement sur le public dit « hors-radar » (500 personnes sur 3 ans), et nos actions culturelles, nos chantiers participatifs se construisent régulièrement avec des centres sociaux et des missions locales.

Par ailleurs, si le bâtiment est adapté à l’accueil des personnes en situation d’handicap (PESH), nous sommes en train de mener différentes actions et formations pour rendre la signalétique, l’accueil, le site internet et nos activités adaptées aux personnes en situation d’handicap.

Plus spécifiquement pendant cette période de Covid, nous avons ouvert nos espaces aux étudiants pour 2€ symboliques (le prix du café à volonté), pour qu’ils puissent venir travailler dans de bonnes conditions, en respectant les distanciations physiques, tout en croisant du monde et en sortant de leur micro-espaces de vie. Plus de 200 sont déjà venus et revenus. Le même principe a été appliqué aux artistes en recherche de lieux de création, et sans moyens.

Le site de la Grande Halle était une friche, perçue comme un no man’s land, et la déliquescence de l’histoire industrielle et ouvrière de ce site avait créé une image très négative de la ville de Colombelles. Aujourd’hui, le projet du Wip dans la Grande Halle apporte une forte attractivité à ce secteur et ramène de la fierté pour ses habitants. Pour les usagers réguliers du site, les mots qui reviennent très régulièrement sont : cocon, lieu des possibles, diversité, coopération, bien-être.

Nous avons aménagé les espaces extérieurs, avec le collectif ETC et des matériaux de construction en réemploi, pour permettre aux habitant.e.s et salarié.e.s à proximité de s’y poser, pour un déjeuner, une ballade, et ils sont très investis, même si la Grande Halle est hors du secteur habitation. Nous voyons une augmentation régulière du nombre de travailleurs utilisant nos espaces, le bouche à oreille valorisant la qualité de vie au travail que nous pouvons proposer au travers de nos différents espaces.

Critère n°3 : RÉSILIENCE

Nous sommes partis d’un constat général, sur l’urgence de proposer et de mettre en pratique des transitions sociétales et écologiques :

  • Comment répondre à une demande croissante de travailler autrement tout en évitant que l’hyper flexibilité ne fragilise pas les actifs ?
  • Comment améliorer et accompagner les transformations des modes de vie dans des dynamiques circulaires et collaboratives, pour que nos sociétés aillent vers un modèle de développement soutenable pour tous ?

Et nous l’avons croisé avec une problématique locale :

  • Comment réutiliser une friche industrielle, patrimoine mémoriel d’une grande partie de la population de la communauté urbaine de Caen la mer, et en faire un symbole de la capacité d’un territoire à se renouveler, source de fierté pour les citoyens qui le pratiquent, et d’attractivité pour le territoire ?

Les convictions qui nous ont guidés pour répondre à ces questions sont les suivantes :

  • Nous avons tous notre mot à dire, une expérience à apporter, une histoire à raconter, qui nous confère un pouvoir d’agir citoyen et qui légitime que nous participions à la co-construction et co-production de solutions avec les institutions, les collectivités, les entreprises.
  • Nous sommes plus imaginatifs à plusieurs et dans la diversité, il nous faut donc côtoyer d’autres mondes, notamment artistiques, pour sortir de nos représentations, de notre routine ; et mutualiser les ressources, les savoirs pour accroître la créativité et démultiplier notre impact

Nous avons utilisé des outils d’intelligence collective, les principes des Business Plans à impact social, et mené des études de marché.

La diversité des profils des co-fondateurs du Wip, avec des compétences spécifiques sur les enjeux d’aménagement du territoire, et les démarches participatives et de co-construction avec les citoyen.ne.s, les isntitutions et les entreprises, ont été nos garde-fous, pour nous assurer de la pertience et de l’ancrage territorial du projet, et de sa perpétuelle capacité à se réinterroger (Le Wip signifie Work In Progress).

Critère n°4 : CRÉATIVITÉ

Le Wip a créé 12 emplois en propre, pour gérer et animer la grande halle et ses projets. Il facilite la consolidation des emplois des auto-entrepreneurs et indépendant.e.s qui utilisent ses espaces de coworking en les accompagnant dans leurs projets et en les valorisant dans ses réseaux, ce qui débouche sur de nouvelles commandes. C’est le cas pour 30 % de nos coworkers.

Par ailleurs, le Wip est devenu, grâce à l’expérimentation du réemploi de matériaux au sein de la Grande Halle, avec la MOE Encore Heureux, et la MOA Normandie Aménagement, l’animateur du réseau réemploi à l’échelle de la région Normandie, et structure la filière locale sur cette thématique, avec le projet de Plateau circulaire.

La même dynamique est en cours au sein du réseau des Tiers-Lieux normands, dont le Wip est l’un des animateurs principaux, notamment sur les sujets de montage de projets et de compagnonnage des porteurs de projets (une 20aine accompagnés depuis 2019).

La création du Médialab, espace d’expérimentation audio et vidéo, permet de fédérer un réseau de contributeurs souhaitant se lancer dans le journalisme, la réalisation vidéo ou la création de podcast en mutualisant des moyens, et valorisant leurs productions, jusqu’à potentiellement un passage en radio FM, et l’inclusion numérique.

Dans une logique de coopération, nous mettons les ressources de la Grande Halle à disposition de nos partenaires territoriaux pour qu’ils puissent y développer des projets qu’ils ne pourraient développer dans leurs lieux : c’est par exemple le cas pour des structures culturelles comme la Renaissance ou la Comédie de Caen qui programment des spectacles à la Grande Halle, qu’ils n’auraient pu programmer autrement.

Le Wip est une SCIC, société coopérative d’intérêt collectif, et met au coeur de son fonctionnement la coopération, que ce soit au sein de sa gouvernance ou au dans ses relations partenariales. C’est une très grande force pour l’appropriation du projet, sa résilience et sa capacité à être à l’écoute des opportunités et besoins du territoire et de ses habitant.e.s.

Toute la conception du projet s’est monté autour du principe de maîtrise d’usage, aux côtés de la permanence architecturale d’Encore Heureux, qui permettait de tester en continu les propositions et de ne pas rester figés dans nos idées. Cette méthode de l’expérimentation et du faire ensemble, pour ajuster, améliorer, reprend les principes du design thinking et des démarches de living lab.

Dans le domaine de l’économie circulaire et de la construction, nous pilotons des projets autour du réemploi de matériaux de construction, qui sont relativement nouveaux dans le domaine du BTP.

Critère n°5 : POTENTIEL DE RÉPLICABILITÉ

Un Tiers-Lieu n’est jamais réplicable puisqu’il se doit d’être construit à partir des problématiques territoriales et des envies et besoins des acteurs qui se mobilisent pour son émergence.

En revanche, les processus et les méthodes mis en œuvre dans le projet du Wip sont réutilisables et documentés, c’est un des fondamentaux des Tiers-Lieux libres et opensource, et c’est une des raisons de la création du Médialab, avec Fabriques de territoire, pour professionnaliser ces démarches.

Les maîtrises d’oeuvre (Encore Heureux, le Collectif ETC) et le Wip ont créé de nombreuses ressources documentant les principes du réemploi de matériaux de construction dans des bâtiments ERP et avec les contraintes d’une commande publique. C’est aujourd’hui mis en œuvre et utilisé pour des projets, par exemple, avec le département du Calvados et Inolya, ou repris par de nombreux étudiants en architecture.

Le Wip a documenté en vidéo, en audio, et en print, le processus de création du Tiers-Lieu de la Grande Halle, et met ces ressources à disposition, sur des Wiki comme Movilab, au sein des réseaux des Tiers-Lieux, et dans les accompagnements que nous menons auprès de collectivités en Normandie comme ailleurs en France. Les outils de pilotage administratifs, financiers, comme les documents de contractualisation sont des ressources que nous partageons dans le cadre de nos compagnonnages.

Enfin, après un an et demi d’ouverture de la Grande Halle, dont plus des 2/3 ont été compromis par la COVID, nous avons quand même engagé une démarche de mesure de notre impact territorial, qui sera finalisée en juin, dans l’optique d’améliorer notre projet, et d’accentuer nos efforts sur tel ou tel enjeu, pour être en phase avec nos engagements.

Formée aux affaires internationales et européennes entre l’Angleterre et la France dans le cadre d’un double diplôme Sciences-Po Lille / Université du Kent, Marion a débuté sa carrière en plaidoyer et relations institutionnelles des organisations non gouvernementales, dans le secteur du commerce équitable (Label Max Havelaar France). Ses expériences sont aussi en lien avec les territoires, avec un passage en coopération décentralisée à l’échelle d’un conseil départemental.

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Issue des sciences sociales, de l’histoire de l’art et de l’architecture, après diverses expériences dans la gestion de projets culturels et la production audiovisuelle, Camille a travaillé dans la communication au sein du groupe VINCI : depuis les grands projets à l’international jusqu’à La Fabrique de la Cité, think tank dédié à la prospective urbaine

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Carla DONCESCU

Diplômée d’un master 2 en Economie du Développement à Panthéon-Sorbonne, et actuellement en formation alternance du Master 2 Relation Internationale et Action à l’Etranger dans la même Université, c’est à travers ces différents prismes et ses expériences à l’internationale qu’elle approche les problématiques de villes et territoires durables.

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Manon EXBALIN

Diplômée d’un Master en sociologie de la communication, Manon a travaillé précédemment pour Greenpeace, la Mairie de Paris (en particulier pour venir en aide aux étudiants), et le Ministère de la Transition Ecologique (DGALN – Mission Communication).

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Géographe de formation (Université d’Etat de Saint-Pétersbourg), elle a débuté au poste de géographe économiste à l’Académie d’Économie Agricole (Russie), avant de poursuivre sa carrière en France, en tant qu’assistante administrative et comptable (Air Liquide, Association TGV Provence Côte d’Azur, COFHUAT, Groupe Hervé)

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Avant de rejoindre l’équipe FVD, il a occupé plusieurs postes dans la gestion des collectivités  locales. Allant d’élu et adjoint au maire de sa ville natale Besançon, chargé des relations universitaires et de la coopération internationale puis Directeur du Développement économique de la Ville de Pantin, pour ensuite être directeur de cabinet à Montreuil où il a notamment piloté la refonte en profondeur du projet urbain vers davantage d’écologie et de développement durable, Il continue son parcours en tant que Haut Responsable de la Résilience de la Ville de Paris.

Il promeut une vision holistique et systémique du développement durable et apporte son expérience/expertise en résilience territoriale et en transition écologique et sociale.

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