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[Interview] Allain Bougrain Dubourg, Président de la LPO

À l’approche des élections municipales, la biodiversité devient un enjeu décisif pour l’avenir des communes et la qualité de vie de leurs habitants. Alors que l’érosion du vivant s’accélère, les maires et élus locaux disposent de leviers concrets pour agir à l’échelle de leur territoire.

C’est dans ce contexte que notre partenaire, la LPO, a lancé une campagne nationale visant à interpeller les élus et à inscrire la protection de la nature de proximité au cœur des projets municipaux.

Nous avons interviewé Allain Bougrain Dubourg, Président de la LPO, sur l’importance de cette mobilisation, les outils à disposition des collectivités et les enseignements tirés des nombreuses initiatives locales, capables d’inspirer des stratégies ambitieuses et adaptées, quels que soient la taille ou les moyens des territoires.

1.Pourquoi est-il important, selon vous, d’interpeller les élus locaux sur la biodiversité surtout à l’approche des élections municipales ?

Les réponses à la crise de la biodiversité se trouvent d’abord à l’échelle des territoires, notamment ruraux, où les richesses naturelles sont à la fois les plus abondantes, et les plus menacées. C’est pourquoi les communes ont un rôle majeur à jouer sur la connaissance et la protection de leur patrimoine naturel. Les élus locaux font de la politique au plus près des citoyens et se tiennent aussi en première ligne des problématiques climatiques et écologiques : inondations, îlots de chaleur, qualité de l’eau et de l’air, santé des habitants … Le dernier sondage du RAC (Réseau action climat) le montre : les Français souhaitent, à une très large majorité, que les actions engagées dans leurs communes ces dernières années, en faveur de l’environnement, soient poursuivies. Ils envoient aux futur(e)s maires un message clair ! Raison pour laquelle la LPO a lancé une grande mobilisation, intitulée « Nature cherche maire », proposant 10 mesures concrètes que les candidats peuvent intégrer dans leur programme.

 
2. Quels leviers les maires peuvent-ils mobiliser pour protéger la nature de proximité sur leur commune ?

Les maires peuvent déjà, en début de mandat, réaliser un inventaire de la faune et de la flore pour mieux connaître la biodiversité de leur territoire. Les Atlas de la biodiversité communale (ABC), par exemple, constituent de formidables outils pour partager ensuite les résultats avec les habitants.  Les élu(e)s peuvent aussi mieux protéger les haies et les forêts, en classant les boisements de leur commune en Espace boisé classé (EBC) dans les documents d’urbanisme ; ou encore restaurer les mares et les zones humides, essentielles à la biodiversité. Autre idée : éteindre l’éclairage nocturne et ainsi réduire la pollution lumineuse et la facture d’électricité. En matière d’aménagement : appliquer le principe de Zéro artificialisation nette, restaurer les corridors écologiques, et protéger la faune du bâti lors des travaux de rénovation énergétique des bâtiments de la commune.  Dans nombre de communes, le maire devient également un moteur de la transition agricole, en instaurant  une alimentation locale et durable dans les cantines scolaires, et si possible issue de l’agriculture biologique. Enfin une dernière idée, pour les générations futures : faire entrer la nature dans les écoles primaires et les lieux d’accueil de la petite enfance, en végétalisant les cours, en permettant à chaque enfant de bénéficier d’une sortie nature chaque année et en consacrant un espace vert de la commune pour l’Ecole du dehors.

3.Atlas de la biodiversité communale, gestion écologique des espaces verts, restauration d’habitats, accompagnement des agriculteurs… Que nous disent les expériences locales que vous mettez en avant sur la capacité des territoires à agir, quels que soient leur taille ou leurs moyens ?

Elles nous disent tout d’abord que c’est possible, c’est réalisable ! La LPO le sait particulièrement bien car notre association bénéficie d’un ancrage territorial très fort, lui permettant d’agir partout en France aux côtés des maires et des élus locaux. Grande métropole ou petit village, territoire urbain ou rural : les 34 935 communes françaises disposent toutes de marges de manœuvre pour préserver leur patrimoine naturel. Urbanisme, aménagement, espaces verts, agriculture, énergie, gestion de l’eau, éducation… les outils existent et sont à portée des élus locaux.

Second enseignement : nous n’y parviendrons que si nous combinons nos forces. Elu(e)s, associations environnementales, acteurs économiques, citoyens…. À titre d’illustration, dans certains territoires ruraux, la LPO travaille de concert avec les agriculteurs sur des projets d’agroforesterie, de plantations de haies et d’arbres, ou encore de pose de nichoirs. Quel meilleur exemple que les Refuges LPO, qui voient dans un même territoire, s’associer les services municipaux, les entreprises locales et les habitants, pour créer des corridors de biodiversité à travers les parcs, espaces vert et jardins de la ville.

4.Vous soulignez que la préservation de la biodiversité renforce l’attractivité et la résilience des territoires. En quoi investir dans la nature est-il aussi un choix stratégique pour l’économie locale, la santé et la qualité de vie des habitants ?

Investir dans la biodiversité est en quelque sorte la meilleure façon de protéger et d’embellir son territoire, tout en participant à sa résilience face aux crises, climatiques en premier lieu.

Des sujets longtemps perçus comme strictement écologiques sont désormais associés, par les habitants eux-mêmes, à des préoccupations très concrètes du quotidien :  la végétalisation des espaces publics améliore leur qualité de vie ;   une alimentation plus saine et locale dans les cantines et la lutte contre la pollution de l’air constituent des leviers d’amélioration de leur santé. Autant de signes montrant que la protection de la nature est désormais comprise comme un levier direct de bien-être pour l’ensemble du vivant.

Mener des programmes en faveur de la biodiversité permet de tisser ou réinventer le lien social. Le « faire ensemble » via les sorties nature, les chantiers participatifs ; la cohésion sociale et la solidarité envers les quartiers prioritaires les plus durement touchés par le « manque de nature » ; ou encore les relations intergénérationnelles avec des programmes d’éducation à l’environnement faisant se rencontrer les plus anciens et les jeunes générations.

Agir pour protéger la biodiversité de son territoire constitue par ailleurs un vrai levier économique. La nature préservée renforce l’attractivité du territoire et attire touristes, nouveaux habitants, etc… Cela permet enfin de valoriser des sites et des produits locaux (labels Grand Sites, sorties nature, festivals de plein air, circuits courts…), de mettre en avant son patrimoine naturel, au même titre que son patrimoine culturel ou historique.

 

5. Face aux bouleversements environnementaux en cours, la LPO appelle à mieux connaître et anticiper les enjeux locaux. En quoi CAP Territoires Durables, et notamment le panorama environnemental, peut-il aider les élus à poser un diagnostic plus complet et à éclairer leurs futurs arbitrages en faveur de la biodiversité ?

Seule une bonne compréhension des enjeux locaux, et une lecture la plus fine possible des contraintes et des atouts d’un territoire, permettront aux élus de faire les bons choix. Pour cela, je les invite à écouter la science… et à respecter le droit. Ce sont les deux guides de la LPO ! A ce titre, CAP Territoires Durables offre un premier niveau d’aide à la décision pour les élus, par la mise à disposition de ressources et outils concrets. Les nouvelles équipes municipales pourront ainsi comprendre par où commencer, à qui s’adresser…  Une chose est sure : les solutions existent, les attentes aussi. J’ai confiance dans nos futur(e)s maires, pour faire de la protection du Vivant, un pilier de leur projet de territoire pour les six prochaines années.

Pour aller plus loin ...

La LPO mène une campagne pour la nature au cours des prochaines municipales, afin d’encourager les futurs édiles à préserver la nature de proximité et mieux cohabiter avec le reste du vivant.

Découvrir les ressources

Pour vous inspirer, découvrez le livret « Pour la nature au cœur des territoires » , une revue d’exemples et initiatives locales pour la préservation de la nature et la résilience des territoires. Il est disponible dans notre boîte à outils ! 

A propos de Nina Cardot

Étudiante à Sciences Po Paris, au sein du Master Stratégies Territoriales et Urbaines, Nina s’intéresse aux politiques publiques territoriales ainsi qu’aux enjeux de la transition écologique.

Dans le cadre d’un projet étudiant en Master 1, elle a travaillé avec l’Agence Nationale de l’Habitat (Anah) sur l’éco-conception dans la rénovation urbaine. Elle a ensuite pris une année de césure pour approfondir son expérience professionnelle en réalisant deux stages : le premier à la Ville de Paris où elle a participé à la mise en œuvre du premier plan de lutte contre la précarité énergétique. Le deuxième à l’Atelier Parisien d’Urbanisme (Apur) pour travailler sur la territorialisation de la santé publique.

Actuellement en Master 2, elle commence une alternance au sein de l’association France Villes et territoires Durables.

A propos de Solène Martin

Chargée de Mission, Groupe de Travail et Travaux. Étudiante à l’École Urbaine de Sciences Po Paris sur la transition écologique des villes.

A propos de Quentin Guillemot

Animé par les questions climatiques et les autres limites planétaires, Quentin se dirige vers un parcours sur l’aménagement du territoire à l’Ecole Nationale des Ponts et Chaussées. Son expérience dans les milieux associatifs, notamment à la Fresque du Climat, l’aident à mieux saisir les enjeux de la bifurcation écologique. Entre sa Haute-Savoie natale et sa ville de cœur, Rennes, où il a gagné en compétence sur les sujets de la mobilité et de l’agriculture durable, il pose aujourd’hui ses valises à Paris pour déployer les ateliers territoriaux de France Villes et territoires Durables dans tout le territoire.

A propos de Tara Goodwin

Diplômée d’une Licence de l’INALCO (Langues’O) en langue Hindi et bi-cursus Relations internationales – Humanités environnementales, Tara est actuellement étudiante en alternance du Master 2 Relations Internationales et Action à l’Étranger de l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne. Ses missions chez France Villes et territoires Durables s’inscrivent dans la lignée de ses expériences à l’UNESCO et au Ministère de l’Europe et des Affaires Étrangères, contribuant ainsi à son insertion professionnelle dans le domaine de la diplomatie environnementale et de la coopération internationale pour le développement.

A propos d'Isabelana Noguez

Diplômée du Master en Communication Numérique et Analyse de Données à la Sorbonne Nouvelle, Isabelana est une journaliste mexicaine. Elle a travaillé précédemment dans la communication et les relations presse dans le secteur culturel en France et au Mexique. Aujourd’hui, elle s’intéresse aux enjeux écologiques et aux actions et solutions pour préserver l’environnement et la biodiversité.

A propos de Marion Gonzales

Formée aux affaires internationales et européennes entre l’Angleterre et la France dans le cadre d’un double diplôme Sciences-Po Lille / Université du Kent, Marion a débuté sa carrière en plaidoyer et relations institutionnelles des organisations non gouvernementales, dans le secteur du commerce équitable (Label Max Havelaar France). Elle est aujourd’hui responsable de la communication et des affaires internationales de l’association.

A propos de Camille Waintrop-Boyon

Issue des sciences sociales, de l’histoire de l’art et de l’architecture, après diverses expériences dans la gestion de projets culturels et la production audiovisuelle, Camille a travaillé dans la communication au sein du groupe VINCI : depuis les grands projets à l’international jusqu’à La Fabrique de la Cité, think tank dédié à la prospective urbaine.
Carla DONCESCU

Diplômée d’un master 2 en Economie du Développement à Panthéon-Sorbonne, et actuellement en formation alternance du Master 2 Relation Internationale et Action à l’Etranger dans la même Université, c’est à travers ces différents prismes et ses expériences à l’internationale qu’elle approche les problématiques de villes et territoires durables.

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Manon EXBALIN

Diplômée d’un Master en sociologie de la communication, Manon a travaillé précédemment pour Greenpeace, la Mairie de Paris (en particulier pour venir en aide aux étudiants), et le Ministère de la Transition Ecologique (DGALN – Mission Communication).

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Géographe de formation (Université d’Etat de Saint-Pétersbourg), elle a débuté au poste de géographe économiste à l’Académie d’Économie Agricole (Russie), avant de poursuivre sa carrière en France, en tant qu’assistante administrative et comptable (Air Liquide, Association TGV Provence Côte d’Azur, COFHUAT, Groupe Hervé)

A propos de Sébastien Maire

Avant de rejoindre l’équipe FVD, il a occupé plusieurs postes dans la gestion des collectivités locales. Allant d’élu et adjoint au maire de sa ville natale Besançon, chargé des relations universitaires et de la coopération internationale puis Directeur du Développement économique de la Ville de Pantin, pour ensuite être directeur de cabinet à Montreuil où il a notamment piloté la refonte en profondeur du projet urbain vers davantage d’écologie et de développement durable, Il continue son parcours en tant que Haut Responsable de la Résilience de la Ville de Paris.
Il promeut une vision holistique et systémique du développement durable et apporte son expérience/expertise en résilience territoriale et en transition écologique et sociale.
En 2024, il a été nommé Chevalier de l’Ordre national de la Légion d’honneur, en reconnaissance de son engagement de longue date en faveur de la transformation socio-écologique des territoires.